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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 11:17

 

Saignee.jpg

 

Dans mon précédent billet, j'expliquais que l'absence de débats d'idées dans cette campagne électorale aura au moins servi les intérêts des vendeurs de sondages d'abord, des commentateurs de sondages ensuite, des oracles de passage, et enfin les experts en chiffrage des programmes électoraux. Bref, chacun aura fait son beurre sur le dos de la crémière France, qui en perd son beau sourire !

 

Même la ligne de front économique tend désormais à s'estomper à l'approche du premier tour de l'élection présidentielle : d'un côté, François Hollande évoque la renégociation du traité budgétaire européen, mais couplée à de l'austérité; de l'autre Nicolas Sarkozy souhaite voir évoluer la mission de la BCE vers le soutien à la croissance (et pas seulement la lutte contre l'inflation), mais couplé à de l'austérité. Donc, quel que soit le programme politique, on en revient à l'idéologie mortifère que la saignée économique sauvera la France et l'ensemble des pays européens, où elle est préconisée comme remède aux maux économiques.

 

Cependant, au vu des résultats obtenus en Grèce, en Espagne et au Portugal, un bon médecin de l'économie s'interrogerait sur le bien-fondé de son traitement :

 

* la Grèce, devenue le laboratoire de la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne), fut ainsi contrainte en février de s'engager à baisser de 22 % le salaire minimum et à supprimer 15 000 emplois publics, en contrepartie d'un plan de renflouement (130 milliards d'euros de prêts publics et abandon de 100 milliards de créances). Ce ne sera toujours que le sixième plan de rigueur en 5 ans... Résultat :

 

Emeutes-grce-2012.jpg

 

[ Source : France24.com ]

 

En clair, le chaos économique, social et politique désormais dans le berceau de la démocratie !

 

* le Portugal, quoique ne bénéficiant pas du même éclairage médiatique que la Grèce, s'est vu imposer le même traitement de choc par la Troïka, à savoir suppression d'emplois publics, baisse des salaires, "assouplissement des horaires de travail" (sic !), suppression de certains jours de congés, hausse des impôts, baisse du salaire minimum... Le tout en contrepartie d'une aide de 78 milliards d'euros. Résultat :

  Portugal-crise-2012.jpg

 

[ Source : Wat.tv ]

 

En clair, le chaos économique, social et bientôt politique !

 

* en Espagne, le gouvernement expliquait il y a encore quelques temps que l'économie ne se portait pas si mal. Mais un déficit public 2011 plus élevé que prévu (8,5 % du PIB) et un objectif de réduction du déficit en 2012 renégocié à la baisse, ont relancé la (et les) spéculation(s) sur la capacité de l'Espagne à rembourser ses dettes. Pourtant, dans l'espoir de satisfaire la Commission européenne et atteindre un déficit de 5,3 % du PIB, le gouvernement espagnol a élaboré en mars dernier le budget le plus austère de l'histoire de la démocratie espagnole (27 milliards d'euros d'économies) avec à la clé notamment une dérégulation massive du marché du travail. Résultat :

 

[ Source  : Bfmtv.com ]

 

L'océan de liquidités que la BCE a déversé sur la planète finance au travers des LTRO dont j'ai parlé ici, n'aura donc que très peu profité à l'Espagne, qui voit ses taux d'intérêt s'envoler et ses émissions obligataires échouer !

 

En clair, le chaos économique, social et bientôt politique !

 

 

Si l'austérité n'apporte pas les résultats attendus, c'est parce qu'elle est d'une part généralisée dans de nombreux pays d'Europe (il ne faut pas oublier que l'Union européenne est aussi une vaste zone de commerce interne et que les problèmes économiques des uns finissent dès lors par devenir ceux des autres) et d'autre part elle étouffe toute forme de reprise économique.

 

Pourtant, le couple Sarkozy-Merkel (Merkozy ?) a voulu approfondir cette voie avec le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l'Union économique et monétaire. Il s'agit d'un pacte budgétaire élaboré en décembre 2011 et qui souhaite contraindre fortement les politiques budgétaires à l'avenir : déficit structurel de chaque État membre inférieur à 0,5 % du PIB et mécanisme de correction automatique en cas de déficit excessif. Bref, après avoir privé les États de la politique monétaire, on cherche à les priver de tout instrument de politique budgétaire ! Pour plus de détails, le lecteur pourra lire avec profit la note publiée par Henri Sterdyniak à l'OFCE.

 

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Il y a quelques jours, il s'est du reste fendu d'un billet de blog sur "le suicide économique de l'Europe", qu'il conclut ainsi : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Enfin, le célèbre fossoyeur de la livre sterling, George Soros, craint dans un article paru dans Le Monde que "la politique des dirigeants actuels ne mène à un désastre. L'euro menace de détruire l'Union européenne et avec les meilleures intentions, les dirigeants sont en train de mener l'Europe à sa perte en essayant de préserver et d'imposer des règles inappropriées". Si même un spéculateur le dit...

 

A n'en pas douter, avec ce traitement qui empêche toute croissance économique, ce seront bientôt tous les États membres de la zone euro qui connaîtront les mêmes difficultés. C'est précisément cela l'effet de contagion dont parlent tant les dirigeants politiques sans comprendre qu'ils en créent les conditions de propagation !

 

Créons les digues indispensables à la survie de l'Europe et abattons les vieilles murailles sur lesquelles brillent encore les idoles néolibérales !


 


Par Raphaël DIDIER
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Commentaires

Le plus consternant est cette volonté de normaliser la taille d'un déficit en montant et en durée sans prise en compte de l'environnement et des circonstances.

Ce ne sont pas les déficits par eux-mêmes qui posent problème mais bien l'utilisation des fonds.
Les Allemands entre autres oublient qu'il n'y aurait jamais eu de réunification des 2 Allemagnes si le déficit allemand n'avait pas explosé jusqu'à presque 10%!
Comment auraient-ils fait avec des sanctions au-delà de 0,5% voire avec une tolérance jusqu'à 3%?

En pleine crise économique mondiale mais particulièrement européenne, ce dogme interdit toute mesure de soutien et encore moins de relance.

L'économie européenne se retrouve ainsi dans une impasse, face à un mur infranchissable et incontournable, les Allemands comme les autres qui risquent fort d'en payer le prix comme tout le monde puisque 60% de leurs fameuses exportations qui tirent leur économie se font dans le reste d'une Europe déprimée et saignée.....
Commentaire n°1 posté par Jean-Michel le 22/04/2012 à 09h06

Très juste !

Réponse de Raphaël DIDIER le 22/04/2012 à 11h08
Le grand scandale de notre époque
Je suis totalement en désaccord avec vous. Ce ne sont pas les dirigeants actuels qui mènent l’Europe à sa perte, mais la politique budgétaire et sociale menée dans la plupart des pays depuis le début des années 80. Le keynésianisme dévoyé mis en place dans la plupart des Etats européens est à la racine du mal.
Si on prend la peine d’aller au-delà des apparences, la prétendue justice sociale dont se réclame la gauche cache la plus profonde des injustices : accabler nos enfants de charges sociales, d’impôts et de dette publique pour s’offrir quelques avantages sociaux supplémentaires. Voilà le grand scandale totalement occulté qui révèle le déclin éthique de notre civilisation.
Ce scandale étouffé prend naissance au début des années 80 avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Très peu de gens osent encore dire que Mitterrand a commis des erreurs historiques majeures. On s’extasie en général sur ses qualités de stratège politique. Mais accéder au pouvoir en 1981 avec l’aide, absolument indispensable, des communistes, constitue une faute impardonnable. Pourquoi ? Parce que ce parti sur le déclin n’avait plus à sa disposition que la démagogie pour survivre. Il fallait promettre tout et n’importe quoi sans tenir compte des réalités économiques et démographiques.
Cette grave erreur historique de François Mitterrand est à l’origine de la plus grande injustice de la fin du 20e siècle et du début du 21e : s’octroyer des avantages en les payant à crédit, c’est-à-dire en les faisant supporter par ses propres enfants. Il faut être un arriviste et un opportuniste de la trempe de Mitterrand pour accepter une telle dérive. Car, bien entendu, un préalable est nécessaire : feindre d’agir pour la justice. En faisant croire que l’on prend aux plus aisés pour redistribuer aux moins favorisés, l’apparence arithmétique de justice existe. Cela suffit pour convaincre les naïfs. Mais la réalité est toute autre. Ce que l’on prélevait pour financer les promesses ne suffisait pas, il s’en faut de beaucoup. D’où l’accumulation d’une dette souveraine insoutenable qui conduit au fil des décennies à aggraver la situation de ceux que l’on prétend défendre car ils devront en supporter la charge. Pour les adeptes de Machiavel qui nous gouvernent, peu importe de laisser à ses enfants une situation gravissime. Pour tous les hommes de bonne volonté qui ont observé avec effarement la gestion publique des trente dernières années, il s’agit de la plus grande injustice de notre époque.
Commentaire n°2 posté par Patrick AULNAS le 17/06/2012 à 10h04
Je ne porte pas Mitterrand dans mon coeur, loin s'en faut.

Néanmoins la situation de la dette souveraine française à ce jour n'est pas pire que dans la plupart des autres pays d'Europe ou qu'aux Etats-unis.
Et pourtant Mitterrand n'a "régné" que sur la France que je sache, alors que la plupart des autres pays avaient des régimes de droite.

Donc comment expliquer que les autres en soient au même point voire pire?
Comment expliquer que toutes les politiques libérales depuis le début des années 2000 y compris en France ont aggravé la situation au lieu de la corriger?
Comment en est-on passé d'une dette stable à environ 55% du PIB de 1983 à 2002 à l'augmentation constante de ce pourcentage dans les années qui ont suivi, et à son accélération depuis 2006 pour en arriver jusqu'aux 90% d'aujourd'hui?

L'explication, de toute évidence, est à chercher ailleurs que dans une gouvernance mitterrandienne laxiste (terminée depuis aujourd'hui près de 20 ans) influencée par des ministres communistes (avec un PC aux forces exsangues déjà à l'époque) d'autant plus influents qu'ils étaient très minoritaires et à bout de souffle!
Commentaire n°3 posté par Jean-Michel le 19/06/2012 à 13h57

L'explication est en effet à chercher ailleurs... notamment dans ce qui a permis le creusement d'un déficit structurel par réduction des recettes perçues par l'État (niches fiscales, sociales,...).

Réponse de Raphaël DIDIER le 20/06/2012 à 10h14

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